21 août 2026
Découvrir Médine
Découvrir Médine
Beaucoup de pèlerins pensent, à tort, que le temps fort du voyage s'arrête à La Mecque : la Omra se prolonge en réalité à Médine — *Al-Madinah al-Munawwarah*, « la ville éclairée ». C'est ici que le Prophète Mahomet ﷺ trouva refuge après la Hijra en 622, y bâtit la première communauté musulmane, y vécut et y repose. Chaque rue, chaque mosquée, chaque colline y raconte un fragment des débuts de l'islam. Loin d'être une simple étape sur le chemin du retour, Médine offre un temps de recueillement à part entière, plus intime et plus silencieux que l'effervescence de La Mecque — une ville où l'histoire se marche autant qu'elle se contemple.
La Mosquée du Prophète (Al-Masjid an-Nabawi)
Deuxième lieu saint de l'islam, elle fut fondée par le Prophète ﷺ lui-même dès son arrivée à Médine, sur un modeste terrain où l'on faisait sécher des dattes. De cette construction en briques crues et troncs de palmier, elle est devenue au fil des siècles — sous les Omeyyades, les Ottomans puis les agrandissements saoudiens — l'un des plus vastes édifices religieux du monde, capable d'accueillir plus d'un million de fidèles lors du Ramadan. Sous son emblématique dôme vert, ajouté au XIXe siècle, repose le tombeau du Prophète ﷺ, aux côtés de ceux des califes Abu Bakr et Omar. Entre le minbar (chaire) et la chambre du Prophète s'étend la Rawdah, « le jardin du paradis » : un espace tapissé de vert que le Prophète ﷺ lui-même désigna comme un morceau de paradis sur terre, où chaque prière est particulièrement recherchée par les pèlerins. Dix minarets élancés, une architecture blanche et or, des parasols géants qui s'ouvrent sur la cour à l'heure des prières : la mosquée impressionne autant qu'elle apaise, de jour comme de nuit.
La mosquée de Quba
À quelques kilomètres du centre, Quba est la toute première mosquée de l'histoire de l'islam. Le Prophète ﷺ en posa lui-même les premières pierres à peine arrivé à Médine, avant même de rejoindre la ville. Le Coran la décrit comme une mosquée « fondée sur la piété dès le premier jour » (sourate At-Tawba, 9:108). Une tradition rapporte que le Prophète ﷺ s'y rendait chaque semaine, à pied ou à dos de monture, et que deux unités de prière accomplies à Quba équivalent en mérite à une Omra. Aujourd'hui encore, nombre de pèlerins reproduisent ce geste en s'y rendant le vendredi, perpétuant un rituel vieux de plus de quatorze siècles.
Le mont Ouhud et le cimetière des martyrs
Cette montagne isolée, reconnaissable entre toutes, fut le théâtre en l'an 3 de l'Hégire de l'une des batailles fondatrices de l'islam. Soixante-dix compagnons du Prophète y perdirent la vie, dont Hamza ibn Abdulmuttalib, l'oncle du Prophète ﷺ, surnommé « le maître des martyrs » pour sa bravoure. L'épisode est aussi resté dans les mémoires pour la leçon qu'il enseigne : un groupe d'archers, posté sur la colline pour protéger l'arrière des troupes musulmanes, quitta prématurément sa position en pensant la victoire acquise — un moment décisif qui a nourri, pendant des siècles, réflexions et enseignements sur la discipline et la patience. Au pied de la montagne, le cimetière des martyrs et la montagne des Archers (Jabal al-Rumah) forment aujourd'hui un lieu de recueillement sobre, où l'histoire se raconte presque en silence.
La mosquée Al-Qiblatayn (« des Deux Qiblas »)
Un lieu chargé d'un des tournants les plus marquants de l'histoire islamique : c'est ici, en pleine prière, que le Prophète ﷺ reçut la révélation lui ordonnant de changer la direction de la Qibla, de Jérusalem vers La Mecque. Selon le récit traditionnel, il se retourna sur-le-champ vers la nouvelle direction, entraînant toute l'assemblée avec lui — geste qui donna son nom à la mosquée, seule à avoir un temps compté deux qiblas en son sein.
Les Sept Mosquées et le site de la Tranchée (Khandaq)
Sur le versant ouest du mont Sela', sept petites mosquées jalonnent l'endroit où les musulmans creusèrent, en l'an 5 de l'Hégire, une tranchée défensive pour protéger Médine face à la coalition des tribus venues l'assiéger — un stratagème militaire alors inédit en Arabie, suggéré par le compagnon perse Salman al-Farsi. Chaque mosquée porte le nom d'un compagnon posté à cet endroit — Abu Bakr, Omar ibn al-Khattab, Ali ibn Abi Talib, Fatima, Salman al-Farsi lui-même — à l'exception de la mosquée al-Fath, bâtie à l'emplacement où le Prophète ﷺ avait dressé sa tente pendant le siège.
Le cimetière d'Al-Baqi
Juste à côté de la Mosquée du Prophète, ce cimetière abrite les tombes de nombreux compagnons, épouses et proches du Prophète ﷺ, dont le calife Uthman ibn Affan. Il frappe par son extrême sobriété : pas de mausolées, pas d'ornements, juste des monticules de terre à peine marqués — un choix délibéré, fidèle à l'enseignement islamique sur l'humilité face à la mort. C'est aujourd'hui l'un des lieux les plus silencieux et les plus habités de sens de toute la ville.
Le puits de Ghars
Parmi les puits historiques de Médine — sept au total, creusés ou utilisés à l'époque du Prophète ﷺ — celui de Ghars, situé près de Quba, est l'un des plus connus : la tradition rapporte que le Prophète ﷺ y buvait lui-même. Un lieu discret, presque anonyme au premier regard, mais qui ancre très concrètement le quotidien du Prophète ﷺ dans le paysage de la ville.
Le Musée international de la biographie du Prophète
Une manière contemporaine de prolonger la découverte historique : ce musée retrace, sur environ 35 à 40 minutes, la vie du Prophète ﷺ et l'essor de la civilisation islamique à travers une scénographie immersive mêlant projections, dispositifs interactifs et mise en scène sensorielle. Une expérience pensée pour tous les publics, qui permet de replacer les lieux visités dans leur contexte historique global.
Le musée Dar Al-Madinah
Plus intimiste, ce musée patrimonial rassemble une collection privée d'objets, de manuscrits anciens, d'exemplaires historiques du Coran et de photographies retraçant l'évolution de la ville à travers les siècles. Un contrepoint à échelle humaine à la scénographie high-tech du Musée international, pour qui souhaite prendre le temps de contempler des pièces authentiques.
La gare historique du Hedjaz
Vestige de l'ère ottomane, cette gare rappelle l'aventure de la ligne ferroviaire du Hedjaz, achevée en 1908 sous le sultan Abdülhamid II pour relier Damas à Médine et faciliter le pèlerinage. La ligne fut en partie détruite pendant la Première Guerre mondiale, lors de la révolte arabe. Voies, locomotives et bâtiments d'époque, encore préservés, en font une parenthèse insolite dans un parcours autrement tourné vers l'histoire religieuse.
Excursion à Al-'Ula : Hegra, Elephant Rock, Maraya et Jabal Ikmah
Pour les séjours plus longs, une échappée d'environ 3h30 de route (ou par vol direct depuis l'aéroport international d'Al-'Ula) ouvre sur l'une des régions les plus spectaculaires d'Arabie saoudite — un contrepoint total à la découverte spirituelle de Médine, entre archéologie, géologie et architecture contemporaine.
**Hegra (Madain Saleh)** — premier site d'Arabie saoudite inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. Cette cité, deuxième capitale du royaume nabatéen après Pétra, prospéra du IIe siècle avant notre ère jusqu'à la conquête romaine en 106 apr. J.-C., grâce au commerce des caravanes d'encens et d'épices. Près de 94 tombeaux monumentaux, sculptés à même la roche, témoignent du savoir-faire architectural de ce peuple aujourd'hui disparu.
**Elephant Rock (Jabal Al-Fil)** — une formation rocheuse spectaculaire, façonnée par des millénaires d'érosion du vent et du sable jusqu'à prendre la silhouette d'un éléphant dressant sa trompe. Haute d'une cinquantaine de mètres, elle est particulièrement prisée au coucher du soleil, lorsque la roche prend des teintes ocre et pourpre.
**Maraya** — littéralement « miroirs » en arabe : le plus grand bâtiment miroir au monde, niché dans la vallée d'Ashar. Sa façade entièrement réfléchissante fait disparaître l'édifice dans le paysage désertique environnant, brouillant la frontière entre architecture et nature. Devenu un lieu emblématique de concerts et d'événements culturels, il incarne le visage contemporain d'Al-'Ula, en dialogue avec les vestiges millénaires d'Hegra.
**Jabal Ikmah** — surnommée « la bibliothèque à ciel ouvert », cette montagne rassemble des milliers d'inscriptions et de gravures rupestres antiques, en dadanite, thamoudique, araméen ou nabatéen, laissées par les civilisations qui ont traversé la région au fil des siècles. Un témoignage rare sur les routes caravanières et les peuples qui les empruntaient, bien avant l'islam.
La vieille ville et la vie locale
Au-delà des sites historiques, la vieille Médine se découvre aussi par ses ruelles : le quartier patrimonial d'Al-Maghasilah, avec ses maisons restaurées, ses portes en bois sculpté et ses fenêtres traditionnelles ; le marché Al-Noor pour l'ambiance commerçante ; et les fermes des environs, où l'on partage volontiers un thé traditionnel médinois. Autant de moments simples qui complètent la dimension spirituelle du séjour par une immersion dans l'hospitalité et le quotidien de la ville.
L'atmosphère de Médine
Ce qui frappe la plupart des visiteurs, au-delà des sites eux-mêmes, c'est la douceur particulière de Médine : un rythme plus lent qu'à La Mecque, des dattiers à perte de vue, l'appel à la prière qui résonne dans des ruelles calmes, et une population réputée pour son accueil envers les pèlerins. Beaucoup décrivent leur passage à Médine comme le moment le plus apaisant de leur voyage — une conclusion sereine à l'expérience de la Omra.
